| |
Par Claude Yvroud
Ecrivain
Elsalentie (extrait)
Claude Yvroud 2007©
Lui dire et m’entendre et non voila l’effet, de la constance là oui même de l’insistance du repli de l’insisté dans le négatif voila ce qui est proposé par ma bouche mutique de ma personne, de la réassurance dans le négatif je ne sais plus je ne suis plus là pour penser quoi que ce soit débrouillez-vous et comprendra qui pourra, de toutes les façons le boulot est toujours pour les autres « je n’y peux rien »
retricoter redisposer les pions
« sur le jeu »
du repère du rythme
« une personne humaine est toujours déterminée par les relations qu’elle entretient avec une autre »
ces vacances les cours les répétitions tous les deux très pris puis prise de distance, est-ce possible et lui l’autre très content de pouvoir sonner à toute heure pour se vider les burettes jaloux aussi, capable de se transformer d’être le crépi du couloir comme le tambour d’une machine à laver venir ramper pour moi ramer pour maintenir dans cette vie un contact avec la vie un peu de sa journée mais pas vraiment le temps Mickey Parade de la queue agile faut bien que Ça ce soit Fait et C’est fait et plutôt bien fait, sorte d’obligation les pires insanités avec une voix tranquille et je ne peux dire non, je sais le faire voyez je vois à peine voila la peine pas la peine
« pourquoi n’arrêtes-tu pas ne pars-tu pas ne t’éloignes-tu pas ? » « si je me retire mon dard tout va rester et arracher tout le reste va partir avec les boyaux le cœur le cerveau tout »
fidèle au poste
« c’est comme si tu me demandais ma vie est-elle autobiographique »
Retour à la case marbre sous les pieds et courrier de l’absence à goûter
« ces bras imagine-les à soixante ans os et peau flasque se détachant de mes épaules une certaine beauté celles-là et les fesses de ma mère hideuses »
« oui mais la posture ma chère la posture altière une biche noble donc un air excuse moi girafe méprisante »
« parfois »
« parfois »
c’est tout ? le temps semble venu, la taille et la coupe de ce qui pousse le buis mon vieux rasoir mécanique de toujours avec les risques de m’entamer ce que j’ai de plus de plus quoi ? la radio dans le salon quelle radio ?
« l’œil ne peut examiner dans le même temps les effets généraux et les objets particuliers »
ils bondissent de l’un à l’autre et comment rassemble-t-on est-ce une nécessité le crissement du rasoir mon envie cette tache de naissance une sorte d’Afrique repliée sur elle-même le bruit de la chaîne de la bonde contre le fond métallique de la baignoire mes peignes qui tombent le plic plic de la goutte de fuite
« mon eau du temps »
l’eau qui refroidit les bouts de mes doigts qui se flétrissent les poils de mes jambes que je n’avais pas remarqués cette rougeur sur mes épaules le néon de la tablette les sous-vêtements qui trempent dans la cuvette rose
« pas une vrai lessive pour si peu »
la pile de revues et de gratuits cloqués d’humidité ma brosse dégorgeant de cheveux le bout de mes cheveux que je viens de couper flottent s’agglutinent autour de mes hanches, le lavabo ébréché sur laquelle il m’a prise l’autre matin et Mon bleu au coccyx
« en propriétaire »
Mon ongle de pouce du pied toujours trop résistant à la découpe, l’irritation de la peau au départ de la mousse à raser et ses grains hideux après le passage du rasoir un film porno de seconde zone ou la glycérine ne suffit pas à distinguer clairement dans cette faute de goût ce qu’il faut distinguer, quel goût ? le raccord la grande partie de ma vie végétative que j’aime
« je dis qu’en peignant tu dois tenir un miroir plat et souvent regarder ton œuvre tu la verras alors inversée et elle te semblera de la main d‘un autre ainsi tu pourras mieux juger ses fautes que de toute autre façon »
Me demande Lui ou propose de photographier mon sexe je dis oui n’est pas assez ouvert à mon goût quel goût aujourd’hui ?
« l’appui que confère le premier plan à la composition rend vaine la question du cadrage »
le mouille de salive le frotte le durcit attentivement Lui suit l’évolution du mollusque qui doit tirer vers le rouge foncé je sens monter son regard en mes tréfonds encore une façon de se le provoquer avec trois fois rien, n’est ce pas une merveille et là j’ose son regard obscurci par l’appareil mes jambes relevées sur l’accoudoir du canapé, un rayon de soleil brûle le tout je suis la plus forte à ce jeu
« fais pas le malin astre »
il en résulte un noir et blanc brillant et caoutchouteux qui le met en joie en vénération, qu’a-t-il besoin d’une image de ce qu’Il a sous la main sous la langue sous la queue quand Il veut ou presque ? n’intervient pas, laisse l’inflammation me prendre seule pas la force de Lui reprocher me laisse vraiment terminer seule sur ma propre ligne d’arrivée incertaine et bouillante « goujat »
Ses fétiches ses utilisations de mon image de nue de moi avec ou sans tête
« grosse »
ou
« squelettique »
selon les périodes sortant de l’eau ou entrant en eau ou allant à l’eau au bout d’un certain temps
« marre de tout ça »
d’être mise à plat le dis violement ça cesse, Lui semble en souffrir comme d‘une perte une amputation une mise en doute de son désir pour la chose là moi, est-ce la même distance de Lui par rapport à la scène ou plus lorsqu’Il se tient au bord où évolue à l’intérieur de moi ? la distance ne fait rien à la force des émotions la platitude du geste cible davantage
« toutefois en trois dimension non »
Heure entre deux chutes de lumière la transparence n’affecte que le ciel haut au raz du sol tout s’enfonce se ternit nous entraîne dans son effort nous passons à distance de la cathédrale avant qu’elle ne perfore le sous-sol et s’engloutisse et ceci un quart d’heure avant l’allumage des spots, leurs rayons lumineux leurs faisceaux surgissant soudain sur du vide se croisant eux-mêmes sur le passage d’un papillon affolé sexuellement par cette chaleur inhabituelle, un pigeon rentrant chez lui dans son monde de pigeons, de nouveau six soirées par semaine déplacer ma carcasse justement sur scène ouvrir la scène oublier tout du dehors ouvrir la bouche en marchant jusqu’à ce point faire parler ses pieds absolument poser la tête contre le mur gris friche comme claquer la main à plat et non à peine un millimètre suffit au geste au silence
« ma belle c’est ça le théâtre »
repartir, un pied vraiment derrière l’autre dessin : maman au théâtre à cloche pied (on n’en voit qu’un) dessin : maman dort en répétition, à sinuer puis le même geste
« se correspondre absolument »
absolument
« je suis absolument »
identique au précédent
« à peine concevable supportable imaginable à peine envisageable si l’on se met à la place du sujet qu’un insecte n’éprouve rien ne connaisse pas la douleur, réfléchir au néant fatigue, se faire frôler par l’infini est douloureux »
cimentant les mots que je dégriffe un à un comment faire autrement ? dans cette épingle à cheveux debout une grande joie de sentir ces torrents apprivoisés qui en sortent debout dessin: maman deboute deboute donc puis la chute puis la chute puis la chute la récupération le long bâillement immobile muet alors que la chanteuse se déchaîne et encore un bout de ventre la même chemise trop courte si fraîche dessin : maman en chemise avec les gens pris encore augmentation sédentaire et peut-être bien mon existence végétative ce ventre sur ma maigreur ce ventre et toute partie les unes après les autres de mon corps souhaitent ce soir qu’il soit là
Ça ne tourne pas rond pour la première de ce cycle les retrouvailles avec l’Affolée au monologue décidément que j’offre que je transfuge ou que je le chamane ce texte de ma vie me va de mieux en mieux, le souffle qui s’entortille autour de mes doigts de pieds et se projette hors de ma bouche passe entre mes jambes fait le tour de mes hanches crache par ma gorge les paroles d’une autre absorbées en de longues séances par cœur me sied le bougre, personne ne vient m’interrompre je contrôle le déroulement voire la vitesse le rythme
« que gagne t-on en une soirée quelques secondes une minute çà à tout casser ou on les perd »
« on les pose plus loin »
la seule maîtresse à bord de mon corps à l’espace, le public la lumière sont reliés à mes gestes le mouvement des yeux les affaissements les repliements les sièges qui grincent une ombre inconnue clignote dans le même temps, bon ce n’est pas tout à fait vrai ce n’est pas parfait je ne fais pas tout j’en vois un qui se tortille je lui rends sa mimique sans qu’il s’en rende compte impossible de garder quelque chose pour soi, tout file vite suit ce début obéit à cette fin jalonne ce qu’il peut mais qui
Ici on fête les départs les premières les arrivées c’est souvent une fête un peu ratée ils se précipitent tous sur les bombons puis gavés plus par leur avidité que par la satiété, les laissent traîner sur la table de
« la fête »
prêts à mordre cependant, si vous tenez aux symboles et que l’espèce s’exprime là particulièrement espèce et expressive et peu pensive
Voyez dans une ambiance boîte de rendez-vous l’atmosphère sur-saturée de sucre cette sotie sortie entre eux entre-moi eux et moi près du buffet, Zoé surveille son cake aux olives du coin de l’œil
« l’artiste doit par conséquent chercher à reproduire sur l’œil du spectateur d’une sensibilité moyenne aussi bien l’éblouissement du soleil que le repos accordé à l’œil lors du clair de lune » savoir s’il a du succès son cake aux olives plus que la tarte au chocolat de Thérèse, dans ces soirées dansantes où il faut apporter sa contribution gastroantinomique, yeux sombres sur tout ça
« mais le rôle dévolu au miroir noir n’est il pas aussi d’accentuer les contrastes de faire ressortir les parties brillantes par un assombrissement supplémentaire des parties déjà sombres ? » sur ces illustres inconnus que l’on trouve dans les bacs en surnombre les invendus du théâtre et de l’art de l’art et du théâtre Julidé ou Poméranie ou Alicita ou encore ce geste de sa mère qu’elle utilise qui s’étreignait elle-même quand elle était heureuse
« geste qu’elle accomplira lorsqu’elle saura que son fils a obtenu le prix Nobel »
Alicita n’a pas encore le prix Nobel sa mère est disparue depuis belle lurette
« est-ce ça ce ça a-t-il une incidence sur ton travail littéraire » « ça n’a pas d’incidence c’est le travail littéraire »
« bien entendu »
Mon treillis également puisqu’on y sera lui et moi toute ma vie de planche taille basse
« ras la moule »
dit il, la quarantaine se pointe
« ras la moule »
teintes platane, poches à rien je suis une vrai fille rien dans les poches tout dans la tête, le livre pour la répète aussitôt posé retourné sur lui-même ou rouleau de feuilles du même texte plié en deux avec dos gonflé boursouflé terni par les contacts, il aurait fallu du recto verso mais recto annotations crayon gras stylo bleu surligneur orange fluo clés de voiture
« combien de fois ne voit-on pas dans les paysages de Claude Lorrain un effet complet de lointain qui examiné de près consiste dans une seule teinte mêlée de quelques traits expressifs ? »
me concentrer là-dessus sur ce lointain expressif ajuster ce que je montre là ou là là et là.
Vidéo en Real |
 |