Je me réveille avec déjà en tête, comme si cette pensée ne m’avait pas quittée pendant la nuit, le tableau en cours.
C’est ce que j’appelle une « Fresque » (sans rapport avec le travail « à la fresque »)
Je sais déjà son titre, il est venu en peignant :
LES ESPÈRANTES
Mon modèle est en moi, je le répète depuis si longtemps….
C’est un visage disparu, mais toujours présent, et suivant les jours il s’éloigne, ou se laisse facilement prendre par le pinceau et devient : Elle.
C’est une suite de visages de face, de profil, de dos. Elles sont brunes ou plus blondes, cheveux très courts ou mi- longs. Elles sont sœurs mais différentes.
A un certain, moment je suspends mon geste, …. C’est bien ainsi, je n’irai pas plus loin.
J’ai peint le fond ensuite, sombre… puis je l’ai recouvert de papier transparent, en le froissant un peu.
Le 27 novembre, je le terminerai : les parties vides seront enduites de cire chaude.
Je la passe liquide et je la travaille avec le pinceau, rapidement, créant des reliefs, des plissures, des éclaboussures.
Bien gérer son geste, pas de mouvement nerveux qui tacherait un visage.
Se contrôler, être dans le tableau, entièrement sans pensée autre qu’ ELLE….ELLES, étrangères et semblables, silencieuses et appelantes, uniques et multiples, lointaines, si lointaines, désesperément ….
C’est terminé, la fièvre retombe. Je me recule, …. Oui… peut-être…une petite retouche ici, bien se contrôler, toujours.
Être sage, attendre cet après-midi, le verdict tombera de mon regard, de ma pensée, de ma mémoire, de mon besoin :
« La peindre une fois de plus ».

Juliette Beaudroit