Quelques grammes de sucre
:: 23:37 :: Exercices de style ::
Fin d’après midi. Périphérie Lyonnaise. Un supermarché. Une ruche de clientèle affairée. Les caisses enregistreuses émettent des sons de soucoupes volantes et les files de clients patientent. Je suis dans l’une d’elles. A l’autre extrémité, une femme d’une quarantaine d’années, range précipitamment ses achats dans un cabas. Deux fillettes, sœurs entre elles vraisemblablement, surveillent les gestes de leur mère. L’ainée porte sur son visage une année de plus que l’âge de raison. La plus jeune se dandine gauchement d’une jambe sur l’autre. Une impatience enfantine l’anime. Son visage est rond, doux, coiffés d’une chevelure brune et nattée. Ses yeux verts lumière portent la fatigue de l’anxiété des adultes. Sa bouche, de temps à autre, sursaute, comme mue par une vaine parole, trop retenue.
Soudain, avec la vivacité de l’éclair, elle fait un pas vers sa mère affairée, et jette comme dans le vent et les yeux fixés nulle part : « On pourra aller s’amuser après ? ». Le cri qui jaillit est guttural. Eclair de violence. Brutal. Implacable. Un jet de lave : « Tu arrêtes ou je te tue ! ». La vie est secouée. Même les caisses enregistreuses se sont étranglées. Le temps s’est effacé. Le visage de l’enfant est devenu un bloc de marbre. Pierre de tombe. Le corps de l’enfant s’est raidi tel un corps emprisonné dans la lave. Mes yeux cherchent au loin ceux de la fillette. Ils n’y sont plus. Leur orée reste sèche. Deux secondes interminables s’écoulent dans chacune des têtes adultes présentes. Dans la mienne, un chaos. Le brouhaha du magasin réinvestit l’atmosphère. La mère reprend son rangement. La petite tourne son corps vers la vitre. Vers l’extérieur du magasin. Sa sœur s’est détournée.
Une femme au visage ridé s’approche de la petite. Elle l’extrait de sa solitude, une sucette à la main. Sans sourire, sa main enfantine saisit lentement le bonbon. Le marbre est si lent à se réchauffer. Quelques minutes de plus, puis la mère interpelle ses filles. Elles sortent du magasin, la mère devant, la petite derrière. Je n’aurai pas bougé. Je n’aurai rien dis. Je n’aurai rien fais. Je me sens terriblement lâche. Un sentiment violent de honte m’envahit. Je regarde doucement cette femme à la sucette. Elle semble paisible dans son attitude.
Juste un tour de clé dans une serrure qui libère à peine une porte que l’on venait de claquer ... qui libère un jeune coeur qui demandait à être aimer.
William Fautetaire
Soudain, avec la vivacité de l’éclair, elle fait un pas vers sa mère affairée, et jette comme dans le vent et les yeux fixés nulle part : « On pourra aller s’amuser après ? ». Le cri qui jaillit est guttural. Eclair de violence. Brutal. Implacable. Un jet de lave : « Tu arrêtes ou je te tue ! ». La vie est secouée. Même les caisses enregistreuses se sont étranglées. Le temps s’est effacé. Le visage de l’enfant est devenu un bloc de marbre. Pierre de tombe. Le corps de l’enfant s’est raidi tel un corps emprisonné dans la lave. Mes yeux cherchent au loin ceux de la fillette. Ils n’y sont plus. Leur orée reste sèche. Deux secondes interminables s’écoulent dans chacune des têtes adultes présentes. Dans la mienne, un chaos. Le brouhaha du magasin réinvestit l’atmosphère. La mère reprend son rangement. La petite tourne son corps vers la vitre. Vers l’extérieur du magasin. Sa sœur s’est détournée.
Une femme au visage ridé s’approche de la petite. Elle l’extrait de sa solitude, une sucette à la main. Sans sourire, sa main enfantine saisit lentement le bonbon. Le marbre est si lent à se réchauffer. Quelques minutes de plus, puis la mère interpelle ses filles. Elles sortent du magasin, la mère devant, la petite derrière. Je n’aurai pas bougé. Je n’aurai rien dis. Je n’aurai rien fais. Je me sens terriblement lâche. Un sentiment violent de honte m’envahit. Je regarde doucement cette femme à la sucette. Elle semble paisible dans son attitude.
Juste un tour de clé dans une serrure qui libère à peine une porte que l’on venait de claquer ... qui libère un jeune coeur qui demandait à être aimer.
William Fautetaire

