Quand j'ai repéré ce petit prospectus il y a quelques jours à la bibliothèque, je me suis dit : "voilà l'occasion rêvée d'entrer dans la postérité !".
Heureuse initiative que la votre, donc, mais cette belle entreprise c'est vite vue contrariée par un problème de taille : laisser une trace pour le bienfait des générations suivantes, oui, mais laquelle ? Car enfin, ma journée n'a rien connu d'extraordinaire.

Je devais aller à la piscine mais Laetitia a annulé (problème de dos). J'ai mangé avec Simon à midi, mais j'avais mangé avec Simon à midi hier aussi. J'ai lu une BD sympa, mangé un 280, écrit des mails à Jasmine/Mathieu/Zéro et Agnès, découvert le nouveau Lidl vers la fac, planté l'ordinateur de mon colloc (désolé), et perdu du même coup mon maigre boulot sur Durkheim.
Ah, oui, en cherchant bien, c'est vrai que j'ai discuté avec Manu sur la terrasse de la bibliothèque de la Part-Dieu, ce qui n'est quand même pas donné à tout le monde (assez jolie vue). Enfin bon, c'est pas non plus le Pérou. Voici peut-être la seule véritable occasion de ma vie de laisser quelque chose derrière moi, et non seulement c'est d'une arrogante banalité, mais en plus, à bien y regarder, je n'ai quasiment rien fait de ma journée ! Pas d'anecdotes savoureuses, style "vie de quartier", de rencontre hors du commun qui vous laisse pantois (une fois j'ai croisé Michel Field dans le métro D il y a 6 ans. Mauvais timing Michel). Même pas de coup de foudre, d'échange de sourires, de copain jaloux, de bagarre, d'uppercuts, de côtes cassées, et de jolie brune pleine d'attentions qui te dis en te couvrant de baisers "Mike est un salaud, je te promets que vais le quitter !".
Alors ça oui, ça aurait eu de la gueule comme sujet de chronique ! Enfin, je m'égare un peu, mais le caractère introspectif de cet exercice me renvoie le manque d'intérêt dont peut souffrir ma vie. Quoique je suis peut-être un peu dur, parce que quand j'y réfléchi bien, aujourd'hui j'ai fait un truc vraiment sympa. Aujourd'hui, je suis devenu immortel.

Picha