Sur le plan accroché dans ma minuscule entrée, il y a marqué Lyon-Villeurbanne. C'était pour m'aider à me repérer, au début; mais au bout de deux mois, Lyon m'est devenue familière. Tous les jours, c'est la trilogie tram-métro-tram pour aller à l'université. Aujourd'hui, c'est une gêne à l'oeil qui m'a réveillée, vous savez, à cause de cette luminosité qui traverse le store bleu pas très opaque. Le téléphone portable-réveil avait sonné, mais je m'étais rendormie, j'ai raté un cours.
Mais je me suis souvenue que c'était aujourd'hui le jour du blog lyonnais : tant mieux, j'ai raté un cours de "Finance internationale", mais je peux m'exprimer ! C'est pas encore meilleur ? Dans ce genre d'opération où les contributions de citoyens lambda seront conservés pour toujours, on garde toujours à l'esprit en écrivant si l'endroit où l'on vit existera toujours dans 100 ans, 50 ans, même 25 ans. Quid des résidences universitaires de la Doua? Ces grands bâtiments aux volets, bleu cyan, tous les mêmes. Le bâtiment d'en face pourrait être le reflet du bâtiment où je vis. Des milliers de chambres strictement similaires, dans un espace réduit. Non, ce n'est vraiment pas le 6ème arrondissement. Et alors ?
Les gens de mon palier viennent du monde entier : du Maroc, du Vietnam, du Liban, de Martinique, et même de Normandie ! J'espère que les bâtiments de la Doua, dans lesquels je suis en train de passer ma peut-être bien meilleure année universitaire, existeront toujours et accueilleront des étudiants du monde entier, car il n'y a rien de meilleur que de discuter avec des gens de culture différente pour s'ouvrir l'esprit. Bon, c'est pas le tout, mais j'ai un cours à 16h. Une question d'actualité me vient à l'esprit : comment sera l'université française dans 50 ans ? Coïncidence, l'opération "blog d'un jour" coïncide avec la période des débats et conflits concernant la Loi d'Autonomie des Universités. Quels seront les effets de cette loi ? Je pense sincèrement qu'une réforme des universités françaises est nécessaire, car les problèmes s'accumulent.
Mais une réforme vers toujours plus de privatisation, de "marchandisation", vers moins de personnel enseignant, au risque de délaisser les filières "non professionnalisantes"? Je suis donc mitigée quant à cette loi. Mais les personnes qui liront ce blog dans des années seront les mieux à même de répondre si les étudiants avaient raison de s'inquiéter. A l'heure où j'écris, ce qui m'inquiète, c'est la mentalité des camarades étudiants de l'Institut d'Etudes Politiques de Lyon, qui sont à contre-courant de ces manifestations et autres blocages. Quand on est jeunes, on a forcément envie de changer le monde, d'y apporter un peu plus de justice et d'égalité, non ? Même si ce ne sont que des voeux pieux! Pourtant la plupart de mes camarades ne s'intéressent qu'à - pardon de le dire si crûment - faire du fric - et ne s'en cachent même pas !
Conséquence de ce monde du travail de plus en plus précaire, la peur d'être la "génération stagiaires" ? 'Sarkosytion' des esprits, où l'on ne s'intéresse qu'à - et seulement qu'à - notre petit intérêt personnel ? Influence du milieu familial - la plupart sont foncièrement de droite ? Je vais finir par rater mon autre cours. J'ouvre mes volets bleus : le soleil brille aujourd'hui, alors que dimanche encore le ciel était gris lourd. Bon, ça fait plaisir ! Preuve que le monde peut encore changer... et je me demande toujours comment il sera dans des siècles.
Merci Lyon pour cette opération !!
Sayyadina