Ce matin, c'était un de ces matins où je prends un petit moment pour lire mon journal au café.
Je raffole des cafés, du café au café, j'aime voir les gens s'installer entre amis ou avec un bouquin ou du travail, cette communauté où chacun se salue et respecte l'intimité de l'autre. J'ai donc lu le journal, de la première à la dernière page.
De la banlieue qui n'attendait qu'une étincelle pour s'embraser à nouveau à une petite annonce bizarre où une dame rappelait à un ancien inspecteur du Ministère des Sports une humiliation datant de 1961. 46 ans qu'elle ruminait cette blessure et voilà qu'elle l'écrit de cette manière singulière. Comme une bouteille à la mer qui n'atteindra sans doute jamais son destinataire...
Mes contemporains m'étonnent sans cesse, m'irritent, m'émeuvent. Je ne me lasse pas de les observer, c'est même un peu mon métier.
Chaque jour, des milliers de cris sont lancés contre les murs de cette ville, griffonnés sur un papier, déchiffrés sur la page d'un roman, scellés au plus profond de soi, chuchotés dans le noir à des oreilles qui n'ont peut-être pas envie d'entendre.
Ce jour n'est pas différent. Le prochain sera-t-il pire ? Meilleur ? Ce jour est à présent dans ma mémoire. M'en souviendrai-je, demain ? Je pense que oui.
Gaelle Nohant